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Pierre Lanneluc expose à la galerie Nuke

Saturday, June 12th, 2010
Pierre Lanneluc - Coups de pieds d'Inconnus/Belleville - 3202

Pierre Lanneluc - Coups de pieds d'Inconnus/Belleville - 3202

Pierre Lanneluc, qui a toujours témoigné d’une dilection pour les objets récupérés, s’attaque aujourd’hui au ballon de football. Il lui fait subir certaines transformations (découpage, mise à plat, recomposition, traitements divers) comme s’il s’agissait d’une matière vivante. Et cette transsubstantiation en fait effectivement une “matière animée”, à la manière du forgeron celte donnant une âme à l’épée qu’il fabrique en la programmant de signes cryptés.

Ici, le ballon de football est composé de vingt hexagones et de douze pentagones. Il est rempli d’air. Son architecture est déjà celle d’un être animé, puisqu’il a 32 facettes, comme l’homme a 32 dents et 32 vertèbres. Au lieu d’en rester au simple stade de la projection de Mercator (faire d’un globe une carte bidimensionnelle), Pierre Lanneluc confère à ces “cellules” une verticalité (probablement phallique ?) qui présente une certaine Androgynéité ; c’est une forme non arrêtée qui nous fait songer, malgré nous, aux grandes représentations totémiques des cultures traditionnelles. Après avoir longtemps travaillé sur la structure biologique des mots, Lanneluc nous donne avec ses colonnes une nouvelle lecture de tout ce qui est capable de devenir humain, par l’intervention de l’artiste, dans le désordre hasardeux de la nature. Cette médiation est celle du démiurge, bien sûr, l’application d’une tékhnê, au sens le plus primitif. Une victoire sur la banalité des choses.

Serge Grünberg

Pierre Lanneluc

En dialecte landais, son nom signifie “Lande en feu”. Mais Pierre Lanneluc n’est pas pyromane, plutôt récupérateur de l’organique, c’est ainsi qu’il exécuta, au bord de l’Océan Atlantique, la pêche miraculeuse d’épaves industrielles retravaillées par les flots. Dans sa présente exposition, il a retravaillé la matière cryptique du ballon de football en la découpant et en la réorganisant en figures multicellulaires, totems organiques, cartes d’un univers inconnu ou encore labyrinthes alchimiques.

Une espèce de récit de voyage vers l’abstraction.

Exposition à la galerie Nuke jusqu’au 24 juillet 2010

Vernissage de Fabio Paleari: The Last Beat of Allen Ginsberg

Wednesday, May 5th, 2010

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FABIO PALEARI

THE LAST BEAT OF ALLEN GINSBERG

Vernissage le 6 mai de 18h à 22h

Lectures de poèmes par Ramuntcho Matta et Robert Montgomery

Exposition du 7 mai au 5 juin 2010

En 1996, peu de temps avant sa mort, Allen Ginsberg tient sa dernière lecture aux Magazzini Generali de Milan. Ce fut une expérience mémorable, pour ceux qui assistaient pour la première fois à l’une de ses lectures publiques, d’avoir l’opportunité de se retrouver devant une personnalité d’un tel charisme et d’un dynamisme si extraordinaire.

De ce dernier voyage en Italie où il parcourut Rome, Turin, Venise et Milan, Allen Ginsberg tissa un lien de longue date avec ce pays, qui fut renforcé par les solides amitiés qu’il noua là-bas. Cette nuit-là, à Milan, il récita quelques-uns de ses plus emblématique poèmes, dialogua avec le public, et chanta plusieurs de ses plus déchirantes psalmodies.

Ce fut en quelque sorte un adieu qui se joua ce soir-là.

Dix ans après la mort du poète, Fabio Paleari monte finalement le film de cette soirée magique, où apparaît un Allen Ginsberg étincelant, puissant, inoubliable.

Dans l’entretien que Ginsberg accorda à Fabio Paleari à la fin de sa lecture, il s’arrête sur de multiples aspects intimes de son travail, parle de ses compagnons de route de la Beat Generation, dévoile les sommets et les frustrations de sa mission de poète, et discute d’art et de politique. Fabio Paleari capture alors les humeurs, les pauses et les réflexions du poète. Cette collection d’images, de gros plans en noir et blanc, puis en couleurs, souligne la polyphonie de la poésie et de la pensée de Ginsberg, tel un équilibre ténu entre modernité absolue et pureté archaïque.

Le résultat est on-ne-peut-plus « ginsbergien » : un témoignage à la fois sec et sophistiqué, où le mot devient image du son et l’idée, l’image-même. Un cri poétique cru s’en émane. Un hurlement, ou ‘Howl’ si vous préférez.

L’exposition THE LAST BEAT OF ALLEN GINSBERG qui mêle film d’archives et photographies nous propose un aperçu documenté et inédit de ce jour-là. L’exposition à la galerie Nuke nous offre l’impression d’être immergé au cœur de la poésie de Ginsberg dans une ambiance tendrement racontée à travers un florilège d’instantanés (polaroïds). L’occasion nous est donnée ici de repenser à l’un des plus grands poètes de ce siècle, de réfléchir à son absolue modernité, à ses convictions politiques et à la vitalité de la Beat Generation.

Fabio Paleari est l’un des photographes les plus radicaux issus de la scène photographique italienne actuelle. Il est l’auteur de journaux intimes où sont chroniquées toutes sortes d’expériences intensément chargées en émotions. On trouve dans son travail une approche intimiste des sujets dont il raconte le quotidien, dont le recueil de photographies « The Leu Family’s Family Iron », sur les Leu, famille d’artistes tatoueurs est l’un des exemples les plus flagrants.

Plus récemment c’est dans l’East End de Londres qu’il capture la vie quotidienne et les nuits blanches foudroyantes de ses habitants. Au beau milieu, se trouve « I won’t give up », histoire d’amour entre deux vrais stars du quartier : Kate Moss et Pete Doherty. Pendant deux ans, Fabio Paleari suit le couple emblématique dans les coulisses de concerts, au pub, dans les hôtels de luxe et dans les cafés cachés au fond de ruelles sombres et douteuses.

Les talents de conteur de Fabio Paleari sont presque perturbants. La magie de son travail réside dans ce subtil équilibre entre art et reportage. Et de cette subtilité qui rend ses photos si sensibles et sensationnelles, il évite gracieusement le sensationnalisme.

Paleari est représenté par Guido Costa Projects à Turin, La Galerie Nuke à Paris et Galleria Seno à Milan.

Keja Ho Kramer à la cinémathèque française

Thursday, February 18th, 2010

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Keja Ho Kramer, artiste exposée à Nuke, présente sa vidéo à la cinémathèque française, faisant partie de la série de projections L’AVANT-GARDE PAR ELLE MÊME: Une série de portraits récents où les relations entre artistes ne se confondent en rien avec celles, traditionnelles, d’objet et de sujet ni de motif et d’auteur, mais qui travaillent l’image comme champ de relations à découvrir, établir et tresser pour que se manifeste quelque chose de l’inouï vivant.

Projection vidéo en presence de Keja Ho Kramer, Francesca Solari, Marc Hurtado et Matthieu Touren.

Le 26 février 2010 à 21h30

Salle Georges Franju

Les Carnets de la Bête/ The Beast Notes

Keja Ho Kramer: ‘Les Carnets de la Bête est une discussion avec mon ami le cinéaste Stephen Dwoskin. Tout a commencé avec l’idée d’une adaptation du conte de fée La Belle et la Bête. Et comme, parfois, les histoires nous prennent par surprise, on est parti sur un trajet inattendu.’

Suite de la programmation:

Les Carnets de la Bête / The Beast Notes

de Keja Ho Kramer
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Portrait de Steve Dwoskin, boucle nouvelle dans les entrelacs existentiels d’images entre Robert Kramer, Dwoskin et Keja Ho Kramer.

The Infinite Mercy Film

de Marc Hurtado
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Portrait flamboyant d’Alan Vega, peintre et sculpteur, par un cinéaste poète et musicien.

Marcel Hanoun m’a demandé

de Francesca Solari
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Francesca Solari fait plus que lui répondre. Portrait en forme d’échange de joyeux procédés.

Jean-Michel Humeau de Mathieu Touren
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Portrait pionnier de l’héroïque cinéaste qui filma notamment Douglas Bravo et la guérilla vénézuelienne par un vidéaste spécialiste de l’expérimentation sonore. (Esquisse)

Welcome to our Battle of Images de Fergus Daly
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Portrait d’Armand Gatti, et plus particulièrement du tournage de Nous étions tous des noms d’arbres à Derry en Irlande du Nord en 1983, par un écrivain documentariste.

Pour plus d’infos:

www.cinematheque.fr

La Fratrie en Belgique

Saturday, January 16th, 2010

Oeuvres inédites de La Fratrie au RA13 du 19 janvier au 9 mars 2010

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La Fratrie s’apprête à partir en Belgique pour une présentation de ses nouveaux oeuvres au RA 13 à Anvers, du 19 janvier au 9 mars 2010. RA 13 est un nouvel espace concept où on peut voir des pièces d’artistes exposées parmi des créations de mode et des habits vintage, feuilleter des livres dans la bibliothèque, écouter et acheter des disques, ou bien encore manger dans le restaurant “RA KITCHEN”.

RA13

http://www.ra13.be/

Kloosterstraat 13, 2000 Anvers, Belgique

Tel: +32 (0) 3292 3780

Mail: info@ra13.be

RA SPACE

ouvert mercredi au samedi de 11h-20h

dimanche de 11h-18h

RA KTCHEN

mercredi au dimanche de 11h-21h

Jeremy Kost à Washington D.C

Wednesday, January 6th, 2010

‘Anyone Other Than Me…’, la nouvelle exposition de Jeremy Kost

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Après sa première exposition à Paris en octobre 2009 à la galerie Nuke, Jeremy Kost n’a pas cessé de travailler : de retour aux Etats-Unis, il va très bienôt dévoiler ses plus récents polaroids.

Sa nouvelle exposition ‘Anyone Other Than Me…’ sera présentée au Conner Contemporary Art, Washington D.C., du 16 janvier au 6 mars 2010. Dans cette galerie l’artiste révélera des oeuvres d’une nature extrêmement personnelle. Ainsi Jeremy Kost propose une approche comparable à celle de Nan Goldin, utilisant son appareil photo afin d’arrêter le spectateur devant des moments qui seraient autrement fugaces et irrécupérables : des instants d’interaction humaine spontanés et naturels, où le sujet a souvent baissé la garde ou a été capturé dans un bref moment d’inattention.

De cette manière le média préféré de l’artiste devient indispensable car ce sont des images qui se développent presque immédiatement et Kost ne les retouche jamais, le Polaroid “permettant au moment de se dérouler dans son entiéreté” dit Jeremy Kost. L’exposition souligne aussi ce qu’on voit de faux ou d’imaginaire dans les sujets et la notion du pouvoir qu’on a de construir une identité publique.

Jeremy Kost sera présent au Conner Contemporary Art D.C le soir du 16 janvier pour son vernissage, accompagné par plusieurs des créatures pris en photo dans des boites de nuit new-yorkaises. Le vernissage sera suivi d’une performance au Capitol Skyline Hotel, un vrai spectacle également monté par l’artiste.

Et si vous ratez cette occasion, une nouvelle opportunité de voir le travail de Jeremy Kost se présentera en printemps 2010, au Warhol Museum, Pittburgh P.A.

La Fratrie à la galerie Nuke

Thursday, December 10th, 2009

Nuke a le plaisir d’annoncer Invisible End, la nouvelle exposition de La Fratrie:

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Communiqué:

Duo d’artistes français (Karim et Luc Berchiche), La Fratrie nous propose une exploration de son univers au travers de ses « rochers-îles ». Par leur précision plastique et formelle, les sculptures composées de multiples matériaux (silicone, plâtre, feuille d’or, fer, flocage…) font de leurs créateurs les artisans d’un monde utopique au sens propre (« lieu qui n’est pas »). Ces rochers aériens constituent autant de mondes en soi, illusions déracinées de leur espace d’origine. Fictions absurdes et complexes, ils introduisent des scènes narratives le plus souvent allégoriques mais aussi des véritables réflexions sur la brièveté et la fragilité de la vie.

PÉCHÉ ORIGINEL

Que s’est-il passé ?

Figées dans une inquiétante immobilité, statufiées dans leur entonnoir de terre, identiques et toutes singulières, les îles de la Fratrie nous arrêtent comme un événement, et se répètent comme une énigme obsédante. Par contraste avec le paysage alentour, dont on pressent la vitalité et les mouvements insaisissables, leur fixité fait violence. Pour s’arracher à leur sortilège, il faut se rendre à l’évidence, les îles de la Fratrie sont très précisément cela : la trace de ce petit rien qui a tout changé. D’un équilibre qui a été rompu. De quelque chose d’insignifiant qui nous concerne intimement. Le témoin d’un naufrage quotidien.

Attendez, rien de tragique non plus, au pire quelque chose d’absurde. On est dans l’onirique – c’est dangereux, mais pas mortel. Ces mondes miniatures font revivre l’émerveillement enfantin que provoquent toujours, Dieu sait pourquoi, les petits mondes. Etrange phénomène, dans lequel la perception semble prendre conscience d’elle-même et de ses pouvoirs. Un brin d’herbe gigantesque aussi bien qu’un bonsaï : les changements d’échelle sont toujours un délice de la sensibilité.

Chaque niveau d’être, dit le subtil Leibniz, forme un mini-monde qui comporte sa perception singulière de l’univers, comme dans un miroir convexe. L’univers n’est pas seulement un agglomérat de matière, c’est d’abord un système de perceptions, toutes incomplètes, qui sont réunies en une seule, celle du Tout de l’univers. Dieu est la somme intégrée d’une infinité de mondes emboîtés. Et tel est le vrai sens de la solitude : avoir perdu le sentiment obscur d’être la partie d’un tout.

Les microcosmes de la Fratrie, nets, impeccables, trébuchés de leur sens, flottent entre ciel et terre dans une sorte de purgatoire.

Que manque-t-il donc ?

Quelque chose ne tourne pas rond. Arrachés à la terre, toujours plantés d’un arbre, souvent recouverts d’herbe, ces bouts de monde devraient nous parler de la nature ; et pourtant, rien. Pas le moindre sentiment de naturalité. Ici, même l’arbre est un objet manufacturé. Le désordre bricolé de Brisson, l’intrication de Génot, tout cela nous dit quelque chose du monde. Ici, étrangement, non. Ce n’est pas là un bout de monde vivant, c’est une représentation morte. En trois dimensions, et pourtant irréelle comme une image. Mort.

Mais au fait, là voilà cette immobilité qui fait événement. Ce rien décisif. Nous y voilà : il y a quelque chose d’empaillé dans tout ça. Une image de la vie après la vie, ou plutôt de la vie sans la vie. Moins une représentation cauchemardesque du paradis, que l’image de ce à quoi risque toujours de tourner notre vie régulée, domestiquée, arrachée à son énergie sauvage, coupée de l’ordre biologique, suspendue dans l’espace.

Rien de grave, il ne nous manque presque rien : juste la vie. Comme le résume avec énergie Fazette Bordage, qui s’y connaît en friches, « Si nous étions vraiment vivants, nous n’aurions pas de souci à nous faire pour la planète. » En pointant le stade où nous en sommes arrivés, les îles de la Fratrie nous donnent aussi le solution : remettre nos îles dans le paysage.

Texte complèt:

PÉCHÉ ORIGINEL

Les îles de La Fratrie

Par Baptiste Lanaspeze

Que s’est-il passé ?

La maison est vide, on vient de partir ; mais c’était juste pour aller faire une course. L’herbe porte encore la trace de la tondeuse, la peinture de la façade a été refaite il n’y a pas si longtemps. Quelque chose vient de se produire – pas forcément spectaculaire. On n’arrive même pas à dire si c’est récent ou ancien, bien ou mal. Il s’agit probablement d’un changement insensible – mais peut-être aussi d’une catastrophe. Ce qui est sûr, c’est que c’est quelque chose d’irrémédiable. La porte n’est même pas fermée à clef, et il semble que la balançoire oscille encore un peu ; c’était presque rien, mais tout a changé.

Figées dans une inquiétante immobilité, statufiées dans leurs entonnoirs de terre, identiques et toutes singuliers, les îles de la Fratrie nous arrêtent comme un événement, et se répètent comme une énigme obsédante. Par contraste avec le paysage alentour, dont on pressent la vitalité et les mouvements insaisissables, leur fixité fait violence. Pour s’arracher à leur sortilège, il faut se rendre à l’évidence, les îles de la Fratrie sont très précisément cela : la trace de ce petit rien qui a tout changé. D’un équilibre qui a été rompu. De quelque chose d’insignifiant qui nous concerne intimement. Le témoin d’un naufrage quotidien.

Attendez, rien de tragique non plus, au pire quelque chose d’absurde. On est dans l’onirique – c’est dangereux, mais pas mortel. Ces arbres Playmobil font revivre l’émerveillement enfantin que provoquent toujours, Dieu sait pourquoi, les petits mondes. Etrange phénomène, dans lequel la perception semble prendre conscience d’elle-même et de ses pouvoirs. Un brin d’herbe gigantesque aussi bien qu’un bonsaï : les changements d’échelle sont toujours un délice de la sensibilité. Ce qui attire sans doute aussi là-dedans, c’est l’idée de pouvoir, par l’imagination, changer de monde en changeant d’échelle – l’idée du « monde dans le monde ». Et après tout, si ce délice enfantin de l’esprit humain n’était pas une fantaisie subjective de l’imagination, mais l’intuition secrète d’une organisation de l’univers en monde de mondes ?

Des mondes jamais tout à fait clos – le cône d’arrachement en témoigne – mais séparés tout de même, emboîtés, ignorants les uns des autres. Le monde de dessus ignorant qu’il est composé d’autres mondes en dessous, bien que son être même en soit la somme et le système. Et les mondes du dessous ignorant qu’ils sont les rouages – eux-mêmes organisés – du monde supérieur, dans lequel une part de ce qu’ils sont se comprend mieux. Chaque niveau d’être, dit le subtil Leibniz, forme un mini monde qui comporte sa perception singulière de l’univers, comme dans un miroir convexe. L’univers n’est pas seulement un agglomérat de matière, c’est d’abord un système de perceptions, toutes incomplètes, qui sont réunies en un seule, celle du Tout de l’univers. Dieu est la somme intégrée d’une infinité de mondes emboîtés. Et tel est le vrai sens de la solitude : avoir perdu le sentiment obscur d’être la partie d’un tout. La paix singulière que peut m’inspirer la contemplation d’un arbre, du soleil ou, pourquoi pas, de la lumière sur la façade en bois coloré de ma maison, n’est sans doute pas sans rapport avec cette certitude d’« être à ma place » – fragment heureux, dans un espace circonscrit, d’une symphonie sans limites où je ne doute pas que j’apporte ma note.

Mais quelque chose a été visiblement arraché, et l’on oscille entre inquiétude et fascination. Arrachés du monde, nous flottons dans le paysage, sans plus nous y inscrire. Là où les petits jardins de Jean-Luc Brisson – menus objets posés sur des bouts de polystyrène flottant dans des seaux d’eau – sont des « paradis » (2008, FRAC Paca), là où les minuscules îles de faïence de François Génot – hommage à l’enfer sauvagement intriqué des forêts (Musée de Sarreguemines, Wildproject, 2009) – sont des « friches », les microcosmes de la Fratrie, nets, impeccables, trébuchés de leur sens, flottent entre ciel et terre dans une sorte de purgatoire. On n’est pas en contact avec l’eau – fût-elle en seaux ; on n’est pas pris dans une forme qui nous dépasse et nous embrouille – fût-elle en faïence. On n’est nulle part, au contact de rien – tout est dénaturé.

Que manque-t-il donc ?

Quelque chose ne tourne pas rond. Arrachés à la terre, toujours plantés d’un arbre, souvent recouverts d’herbe, ces bouts de monde devraient nous parler de la nature ; et pourtant, rien. Pas le moindre sentiment de naturalité. Ici, même l’arbre est un objet manufacturé. Le désordre bricolé de Brisson, l’intrication de Génot, tout cela nous dit quelque chose du monde. Ici, étrangement, non. Ce n’est pas là un bout de monde vivant, c’est une représentation morte. En trois dimensions, et pourtant irréelle comme une image. Mort.

Mais au fait, là voilà cette immobilité qui fait événement. Ce rien décisif. Nous y voilà : il y a quelque chose d’empaillé dans tout ça. Une image de la vie après la vie, ou putôt de la vie sans la vie. Moins une représentation cauchemardesque du paradis, que l’image de ce à quoi risque toujours de tourner notre vie régulée, domestiquée, arrachée à son énergie sauvage, coupée de l’ordre biologique, suspendue dans l’espace. Rien de grave, il ne nous manque presque rien : juste la vie.

Sans être aux Enfers, on est donc bien aux antipodes de l’Eden. Là où l’Eden est vie pure, plaisir continu, ces micro-mondes sont des isolats où l’on ne va ni bien, ni mal. Comment en est-on arrivés là ? Arbre, maison, scooter, tout est au complet, et nous nous sentons pourtant comme si nous n’avions rien du tout. Peut-être avons-nous confondu la liberté et la mort ? La vie et l’esclavage ? Peut-être avons-nous imaginé qu’en rompant la chaîne des contraintes qui nous relient au monde, nous nous affranchissions d’une injustice faite à notre grandeur ? C’est en tout cas la philosophie officielle, formulée par l’ancien ministre de l’Education Luc Ferry : « La modernité, c’est la liberté conquise dans l’arrachement à la nature. » Mais on peut avoir Sartre et Descartes de son côté, et le monde et Dieu contre soi. La civilisation occidentale est en train de percer le secret de son « malaise ».

Autour de quoi le tracé monotone des îles de la Fratrie est-il ordonné ? C’est la présence humaine, qui agence tout autour d’elle – arbre, maison, véhicule – et qui fait monde à part. Sauf qu’à part, on est mort. L’arrachement, c’est la loi de l’ego et le règne de la mort. L’arrachement, c’est le postulat d’une civilisation enfermée dans son point de vue – l’antinaturalisme est en général colonialiste.

L’une des rares îles apparemment dénuée de présence humaine est celle, en forme de trognon de pomme, qui nous parle justement du péché originel – The Fall of Adam. Et tel est en effet, selon le philosophe Américain J. Baird Callicott (le plus éminent représentant de la philosophie  de l’écologie), le sens véritable du péché originel : « Dès lors que les êtres humains devinrent conscients d’eux-mêmes, ils commencèrent à jauger la Création à partir de leur existence. (…) Quand la partie se sépare elle-même du tout et le décompose en fonction de son intérêt personnel, elle perturbe, par cet acte même, la vie harmonieuse du tout. Le péché originel n’est pas un péché d’ordre sexuel : c’est un péché d’anthropocentrisme. » (Genèse : La Bible et l’écologie, Wildproject, 2009)

Comme le résume avec énergie Fazette Bordage, qui s’y connaît en friches, « Si nous étions vraiment vivants, nous n’aurions pas de souci à nous faire pour la planète. » En pointant le stade où nous en sommes arrivés, les îles de la Fratrie nous donnent aussi le solution : remettre nos îles dans le paysage.

Baptiste Lanaspeze, décembre 2009

éditeur, directeur des éditions Wildproject

Vernissage le samedi 12 décembre 2009 de 18h à 21h

Exposition du 12 décembre 2009 au 20 février 2010

Galerie Nuke 11 rue Sainte Anastase, Paris 3ème

La galerie est ouverte du mardi au samedi de 14h à 19h ou sur rendez-vous

Nouvelle édition de Jeremy Kost

Thursday, November 26th, 2009

A la suite de l’expostion de Jeremy Kost à la galerie Nuke nous annonçons le lancement de l’édition de l’artiste

‘we were all innocent once’

couvejk

Maintenant disponible à la galerie Nuke, à la librairie du Palais de Tokyo et à OFR (le Marais, 20 Rue Dupetit Thouars 75003)

Prix 15 euros

Ce nouveau catalogue comprend des images de la première exposition de Jeremy Kost en France à Nuke, des images d’œuvres polaroids inédites et des articles par Bruce Benderson et Justin Lieberman.

Paris Photo - Jeremy Kost

Thursday, November 19th, 2009

Nuke a le plaisir de vous inviter, à l’occasion de Paris Photo, au lancement de l’édition de l’artiste Jeremy Kost: ‘we were all innocent once’.

Vendredi 20 novembre de 18h à 21h en présence de l’artiste.

Exposition jusqu’au 23 novembre

Ouverture exceptionnelle de la galerie le dimanche 22 novembre.

www.nuke.fr